REFLEXIONS D'UN IMMIGRE
AU SUJET DE L'«AFFAIRE GAILLOT»

 

Messieurs,

J'ai pris connaissance de votre position commune concernant l'"affaire Jacques Gaillot". Votre 'manifeste', réalisé - j'imagine - avec l'argent des paroissiens et distribué pendant les messes de notre paroisse Fontainebleau-Avon reflète votre souci de prendre la défense de Jacques Gaillot face à une décision du Saint-Siège prise après une série d'avertissements et de corrections fraternelles depuis une dizaine d'années. Cependant, comme dans toute affaire qui engage deux parties en litige, l'objectivité exige le respect du principe juridique romain 'audiatur et altera pars'. Etant immigré et ne faisant pas partie de l'Eglise de France, je me permets de vous faire part à cette occasion de quelques unes de mes réflexions, en tant que membre du 'peuple de Dieu'.

Je constate d'abord que l'"affaire Gaillot" est présentée par vous, ainsi que par Mgr Cornet, évêque de Meaux, comme un événement brusque et ponctuel qui "se serait abattu" à la manière d'un coup de foudre sans que l'on ait pu pressentir le drame. Présenter l'affaire de cette manière démontre déjà un manque d'ojectivité "historique" et, partant, trahit un regrettable parti pris. A vrai dire, l'"affaire Gaillot" n'est pas un événement brusque, mais un état qui dure depuis plusieurs années. Et depuis longtemps, M. Gaillot a toujours trouvé ses avocats, parfois très haut placés - je pense notamment au R. P. Madelin, jadis provincial des Jésuites de France et plus tard supérieur du Centre Sèvre - pour démontrer la 'parfaite conformité de la démarche gaillotienne avec l'Evangile'. Je note en passant que l'argument principal invoqué à l'époque par le R. P. Madelin en faveur de la fidélité ecclésiastique et de l'intégrité morale et doctrinale de M. Gaillot fut le fait 'incontestable' que celui-ci accompagnait le Pape partout lors de sa visite pastorale en France. A cet argument, le plus simple des mortels pouvait opposer que les hommes de la sécurité l'accompagnaient aussi partout, mais qu'à partir de là on ne pouvait pas déduire l'attachement de ces derniers aux Evangiles. Etre à côté de quelqu'un physiquement ne signifie pas nécessairement une communion spirituelle. (Je précise pour la clarté de la discrétion que ce principe vaut aussi en ce qui concerne les visites 'ad limina'... Est-il sûr que tous les évêques qui accomplissent de nos jours ce geste y voient autre chose qu'un simple acte protocolaire sans aucune signification spirituelle et sans aucune implication et engagement doctrinal et disciplinaire...?) Or, selon le P. Madelin, cette proximité physique fut la preuve d'une communion spirituelle dans l'esprit évangélique entre M. Gaillot et le Pape. C'est dire que les avocats de M. Gaillot, dès le début de l'affaire qui, je le répète, ne date pas d'hier, semaient la confusion en utilisant des arguments défiant toute logique élémentaire pour prouver l'esprit évangélique de celui-ci.

Par ailleurs, on pourrait réfléchir à cette occasion au sens exact de la fidélité d'un évêque à l'égard de l'Eglise. Il ne suffit pas que celui-ci se rende régulièrement ad limina; il ne suffit pas que l'évêque accompagne partout le Pape (Judas, l'apôtre, a aussi accompagné Jésus partout...), il ne suffit pas d'être 'ami des pauvres'... Le critère de fidélité d'un évêque à l'égard de l'Eglise universelle se mesure par sa fidélité sans faille à l'égard de l'intégralité du 'depositum fidei' - dépôt de la foi - et de son attachement effectif, - et affectif par sa vie -, à ce que le dépôt contient et par sa promptitude pour la défense publique du dépôt de la foi, par son exemple d'obéissance aussi, en ce qui concerne le dépôt de la foi, à l'égard du successeur de Pierre.

Grâce à Dieu, l'"affaire Gaillot" est un révélateur. Elle est tout d'abord révélatrice de l'état délabré de l'Eglise de France, secouée par tant de 'mouvements sismiques' depuis la Révolution française et surtout pendant le XXe siècle. L'inféodation de cette Eglise durant l'occupation allemande à un régime soumis aux diktats de la 'Nazional-sozialistische Partei Deutschlands', ensuite l'inféodation et l'alliance volontairement consentie de cette Eglise avec l'idéologie marxiste et la puissance communiste internationale (qu'il me suffise d'évoquer le témoignage "autobiographique" récent du P. Bigot qui relate les conséquences néfastes de l'acceptation de la 'main tendue'), l'alliance - ou plutôt conspiration - des forces "progressistes" fomentées par des Jésuites, avec les médias, notamment avec le journal Le Monde pour influencer le déroulement du Concile Vatican II, la confusion doctrinale organisée et fomentée pendant des décennies depuis Vatican II par les parcours catéchétiques et notamment avec la publication de 'Pierres Vivantes' ("plus qu'un beau livre", "recueil privilégié" offert par les évêques de France"), cadeau empoisonné, remplis d'inexactitudes doctrinales, de fausses doctrines et qui introduisait des expressions comme "le chrétien dit...", expressions aptes à diluer l'essence même du message évangélique, sans tenir compte du fait qu'il ne suffit pas de dire quelque chose, mais qu'il faut aussi le croire, c'est-à-dire admettre sa vérité - de toute évidence, n'importe quel incroyant ou anticlérical peut 'dire' le message chrétien, sans y adhérer, sans le croire, sans admettre sa "vérité". Bref, pour être chrétien, il ne suffit pas de "dire" sa foi, mais selon une formule de Saint Anselme, "corde credere et ore profiteri", formule qui permet de distinguer le chrétien et l'athée même au cas où les deux disent la même chose (par exemple une citation scripturaire, que souvent les ennemis de l'Eglise répètent aussi, la plupart du temps avec l'intention de la déformer ou ridiculiser...).

M. Gaillot - pas plus d'ailleurs que l'abbé Pierre - n'a pas le privilège exclusif - même pas en France - d'être ami des "pauvres, des exclus, des athées, des non croyants". Si c'était vrai, ce serait vraiment un certificat de pauvreté pour toute l'Eglise de France. Je connais beaucoup de gens qui s'occupent des pauvres, des exclus, des emprisonnés sans fanfaronner, ou qui dialoguent continuellement avec des athées, anticléricaux (comme moi- même depuis longtemps, et cela à l'échelle internationale et en plusieurs langues) mais dont les médias ne parlent jamais. Notons en passant, que si M. Gaillot se considère comme ami exclusif des pauvres et des exclus, il est aussi en même temps allié des puissances politico-médiatiques d'une tendance bien déterminée. D'ailleurs la couleur politique évidente de ceux qui soutiennent sa cause et qui se sont rassemblés lors de sa messe d'adieu en dit beaucoup.

Par ailleurs être allié des puissances médiatiques - y compris des revues pornographiques comme "Gai pieds" ou "Lui " - être en mesure de faire des voyages partout, parfois même en Afrique du Sud, en Amérique du Sud à Cuba ou en Haïti chez son ami l'"ex-père Aristide" pour aller au secours des "exclus" politiquement bien sélectionnés et bien médiatisés - sont autant de signes évidents de richesse. Un père de famille immigré, par exemple, ne pourrait jamais se permettre le luxe de pareils voyages. Mais s'agit-il peut-être là aussi d'un abus de biens sociaux, en l'occurrence de ceux de l'Eglise - notamment de ceux des fidèles - au profit de l'Evangile politisé ou simplement au profit d'une politique qui est loin d'être 'évangélique'? Je note aussi, comme signe d'inféodation à des puissance politiques d'une tendance déterminée le fait que M. Gaillot n'est jamais intervenu en faveur des victimes du communisme mondial ("seulement" 120 millons de personnes écrasées et exclues définitivement de la vie et de la société, atrocités dénoncées encore récemment par Boris Eltsine à Washington et à Budapest), pas plus qu'en faveur des pauvres enfants innocents tués par centaines de milliers dans le ventre de leur propre mère. Je lui ai fait cette remarque lors d'un débat public à Fontainebleau, mais à part un sourire mélangé de candeur et de cynisme, je n'ai obtenu aucune réponse. M. Gaillot n'aurait-il pas pu assister, après sa messe d'adieu, à la marche pour la vie organisée par des gens courageux à Paris? Depuis que l'on parle de M. Gaillot, on constate qu'il agit toujours en sens unique et dans un sens politique bien déterminé, en pratiquant la sélection et l'exclusion, ce qui n'est pas spécialement conforme à l'esprit de l'Evangile. Par ailleurs ses professions de foi marxiste en public sont en parfaite conformité avec son comportement politico-médiatique. Pour quelqu'un qui ne connaît ni le christianisme ni le marxisme, un chrétien peut être marxiste... Et pour ceux qui aiment la pensée dialectique j'ajoute que, si je connais beaucoup de 'chrétiens' marxistes - surtout parmi les 'intellectuels' et les 'ecclésiastiques' de notre pays -, je ne connais pas un seul marxiste 'chrétien'...

La phrase prononcée pendant son 'homélie' d'adieu par M. Gaillot - et colportée avec le plus grand respect et sans aucune fausse note par tous les médias - mérite aussi des réflexions. "L'Eglise doit être l'Eglise des exclus et non pas l'Eglise des exclusions". Nous voilà face à l'"idéologie de l'exclusion"... inventée et colportée par des politiciens et répétée du matin au soir par tous les médias et reprise de la façon la plus naturelle par M. Gaillot. Nous voilà donc face à un 'ecclésiologue'... selon qui le critère d'appartenance à l'Eglise ne devrait plus être le baptême mais le fait d'être exclu (de quoi? par qui?). Remarquons aussi la présence du verbe "doit" dans ce contexte. Cela équivaut à un impératif catégorique. Et selon cette nouvelle ecclésiologie ce n'est pas le Christ qui a fondé l'Eglise sur Pierre et les autres apôtres, mais c'est M. Gaillot qui lui impose sa façon d'être. Un 'chrétien' auquel M. Gaillot prétend par ailleurs avoir 'apporté sa liberté' serait-il obligé d'accepter ce nouveau 'dogme gaillotien'?

Mais dans ce contexte l'on pourrait aussi s'interroger au sujet du sens des exclus. Les médias nous parlent toujours des exclus de la société. Précisons que cette manière de parler et de présenter les choses a un grand avantage: 1. culpabiliser la "société" comme telle et 2. déculpabiliser l'individu. Mais ce qui est commun à cette manière de présenter les choses c'est de rendre irresponsable aussi bien la société que l'individu, en permettant de maintenir impunément l'état des choses, c'est-à-dire une situation d'injustice flagrante. Il y a des exclus et des exclus: il y en a qui sont victimes d'une situation concrète bien déterminée, et il y en a qui sont victimes de leur propre faute personnelle (Je connais personnellement des gens relevant des deux catégories). Les victimes de la drogue, du sida - à part ceux contaminés par le sang et que, selon les médias, nous n'avons pas le droit de distinguer de ceux qui "sont tombés sur le champ de l'amour..." -, de l'alcoolisme, de l'hédonisme, de l'immoralité sont les victimes de leur propre faute, de même que souvent la plupart des voleurs et des petits délinquants.

M. Gaillot est le type même de celui entièrement inféodé aux médias et sous l'emprise des médias et de ce monde. Il y a sans doute une profonde connaturalité entre lui et les médias de ce monde. Il est tombé dans tous les pièges tendus par les médias contre l'Eglise à tel point qu'il ne fait que ce que les médias inculquent par leur système de lavage de cerveau scientifiquement mis au point et pratiqué avec une impudence inégalée et une impunité notoire. Son comportement est précisément celui de quelqu'un qui ne s'occupe que des choses ponctuelles, des phénomènes de surface, sans s'attaquer aux causes profondes. Les causes profondes des maux de notre société s'expliquent logiquement à partir de la destruction systématique et organisée de la cellule familiale, unité naturelle de la société humaine et que, par conséquent, tout homme de sensibilité "écologique" devrait prendre au sérieux et défendre.

Monsieur Gaillot est aussi tombé dans le piège des producteurs et des distributeurs des préservatifs. (N'est-ce pas aussi avant tout une sale affaire de "business", tout comme la pillule en relation étroite avec le trafic de la drogue et l'industrie pornographique?) Réduire les relations humaines à une affaire de préservatif est quand même avilissant! Un groupe de jeunes bellifontains a justement interpellé M. Gaillot lors de son débat public à Fontainebleau en exprimant leur profonde désapprobation à la suite d'une intervention scandaleuse de celui-ci à la TV.

Par ailleurs, par ses interventions publiques dans les médias, Gaillot participe - et continue à participer - à l'oeuvre bien planifiée de destruction de l'Eglise en France par les médias. Or, ces derniers ne font qu'attaquer et ridiculiser tantôt d'une façon sournoise (en promouvant l'immoralité, le libertinisme sexuel - l'un des principaux 'acquis' de 68! -, la destruction du mariage et de la famille), tantôt d'une façon explicite, tout ce qui est sacré pour un chrétien, en mettant toujours bien en évidence avec beaucoup de respect le fait que la 'religion musulmane est la deuxième religion de France' et qu'elle est une 'relilgion respectable, sans jamais dire quelle est la première religion et sans lui manifester le minimum de respect dû. Je n'ai jamais entendu protester M. Gaillot contre cet état de choses. Or, celui qui se dit si sensible à l'égard des exclusions, pourrait prendre la défense du premier des exclus des médias: Dieu, le sacré, et l'Eglise catholique qui, malgré tous les efforts de dénigrement, représente encore une réalité sacrée pour bien des gens de notre pays. La sensibilité de M. Gaillot s'est toujours concrétisée à l'égard des exclus protégés par certains partis politiques et pour des raisons d'opportunité purement politique et médiatique.

D'ailleurs la présence de M. Gaillot et son intervention au débat sponsorisé par des coryphés de l'"anti-racisme" à Fontainebleau au sujet de l'immigration et de l'exclusion fut entièrement politique, se dirigeant essentiellement contre ce qu'on appelle la 'loi Pasqua', intervention consistant à raconter des anecdotes à sens unique et qui se terminait par une allusion au passage de l'Ecriture disant qu'il faut être accueillant à l'égard des étrangers... Etant moi-même étranger-immigré, je n'ai pas pu constater chez lui cet esprit d'accueil à mon égard... et j'étais obligé de dénoncer chez lui comme chez ses amis politiques présents au débat la pratique évidente de l'exclusion à l'égard de ceux qui ne sont pas de leur bord politique et qui ne pensent pas comme eux. En somme, à leurs yeux, l'Immigré a tous les droits à condition qu'il pense comme eux et qu'il soutienne leur mouvement politique. Un évêque ne devrait s'inféoder à aucune pensée politique, à aucun mouvement politique mais garder et annoncer la plénitude de l'Evangile qui s'adresse à tous les hommes sans distinction ni division.

Nous attendons qu'en signe de fidélité à l'égard du suprême Pasteur de l'Eglise - dont M. Gaillot lui-même a reçu son pouvoir spirituel - et en preuve d'authenticité, M. Gaillot désavoue la révolte de ceux qui veulent "faire" (voir Mgr Cornet) leur propre "Eglise" et qui, souvent, sans avoir même lu les Evangiles, veulent imposer au reste des fidèles leur manière de voir l'Eglise.

Je regrette beaucoup que les responsables de la paroisse de Fontainebleau-Avon qui apportent à présent leur soutien public à M. Gaillot n'aient pas assisté au débat public organisé à Fontainebleau l'an dernier. On ne peut pas juger le 'comportement' d'un homme uniquement d'après les médias...

Pour être en conformité avec les Evangiles, il ne suffit pas de donner son accord à tout ce qu'une société perverse et hédoniste impose par ses médias, il faut aussi avoir le courage d'annoncer les exigences de l'Evangile, toutes ses exigences sans exception, sous l'autorité du Magistère, dont le chef authentique demeure le successeur de Pierre.

La déclaration de M. Gaillot au lendemain de sa 'destitution' nous laisse perplexes. Il a dit: "Désormais je suis entièrement libre de dire et de faire ce que je veux." Pareille déclaration est le mépris de toute autorité, sauf la sienne... Et en bonne logique, celui qui méprise toute autorité, ne peut pas prétendre à s'ériger en autorité et exiger qu'on lui obéisse. Si M. Gaillot n'accepte aucune autorité, nous ne sommes pas non plus obligés d'accepter la sienne: ni en matière doctrinale, ni en matière de moeurs ou de comportement extérieur, seul critère nous permettant d'identifier une personne. Et tout ceux qui prennent publiquement sa défense en bloc, tout en rejetant l'autorité de Celui qui a la mission de 'confirmer ses frères', perdent aussi le droit à l'obéissance.

L'attitude de Gaillot est diamétralement opposée à la théologie de la rédemption: le Christ n'a fait que faire la volonté du Père et c'est par son obéissance qu'il nous a mérité le salut: "factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis." Peut-on faire abstraction de cette profonde vérité salutaire dans une démarche pastorale? Pourtant des exemples récents nous montrent qu'il existe une autre voie - plus authentique, seule authentiquement évangélique - que celle de Gaillot. Je me réfère à l'exemple du P. de Lubac qui, après avoir reçu l'interdiction romaine d'enseigner, a écrit ses merveilleuses "Méditations sur l'Eglise". Je me réfère aussi au cas très douloureux d'un des grands martyrs de notre siècle, celui du Cardinal Mindszenty, Primat martyr de mon pays natal. M. Gaillot n'a pas souffert le martyre: personne ne l'a torturé, personne n'a empêché physiquement ses démarches souvent ambiguës et parfois exécrables. Le Cardinal Mindszenty a subi la torture pendant des années par un régime dont Gaillot professe publiquement l'idéologie. Et sous la pression politique simultanée du gouvernement communiste de Hongrie et des Etats-Unis, Paul VI l'a obligé de quitter son pays pour lequel il s'est offert en martyr et il l'a privé de son siège archiépiscopal et de son titre de primat de Hongrie. Peu de gens, parmi ceux qui s'insurgent aujourd'hui contre la décision romaine concernant Gaillot, avaient protesté à l'époque contre l'éviction d'un martyr par les autorités romaines. Mais contrairement à Gaillot qui se révolte publiquement et qui incite à la révolte, le Cardinal Mindszenty a accepté de porter sa croix dans la plus grande solitude. Je crois que dans le contexte actuel il est utile de méditer tout cela afin de ne pas ériger en absolu et unique l'"affaire Gaillot". Historia est magistra vitae. Une fois de plus la référence à l'histoire, même récente, permet de relativiser les choses et de montrer que d'autres attitudes - que celle adoptée sciemment par Gaillot -, et plus conformes à l'esprit d'Evangile, sont possibles. Nous vivons en démocratie qui d'après certains intellectuels qui pensent profondément est en pleine crise. Mais cette crise n'est pas quelque chose d'éphémère: elle est inscrite comme une bombe à retardement dans la définition même de la démocratie qui signifie le "règne du peuple"

La charité doit respecter le bien commun. Pour empêcher l'égarement d'un grand nombre, il est juste de punir un individu, précisément en raison de la suréminence du bien commun face au bien particulier. Saint Thomas d'Aquin a reconnu aussi la nécessité d'appliquer à la fois la justice et la charité. D'autre part, la charité bien conçue n'exclut pas le châtiment. Au contraire, une bonne pédagogie élémentaire exige l'application de sanctions à l'égard de ceux qui, après plusieurs avertissements fraternels, récalcitrent et récidivent. Par ailleurs, la correction bien conçue et bien appliquée est précisément le signe d'une vrai charité qui veut le vrai bien de l'individu. Si M. Gaillot est authentique, il reconnaîtra devant Dieu et aussi publiquement qu'il n'est pas infaillible, qu'il n'est pas sans faute - comme aucun des mortels depuis le péché originel (oui, ce péché existe, malgré les tentatives de suppression opérées par certains 'théologiens post-conciliaires').

Quant à la feuille que vous avez tous signée et fait distribuer 'A propos de Mgr Jacques Gaillot', en tant que membre de plein droit du peuple de Dieu qui habite Fontainebleau-Avon, je me permets de faire quelques remarques dans un esprit de dialogue que j'espère retrouver auprès de vous en tant qu'immigré. "Ensemble, - écrivez-vous - nous prenons acte de cette décision avec une profonde tristesse." Vous faites donc état de votre tristesse causée par la décision romaine... Je me permets de faire état également de la grande tristesse et de la désolation de ceux qui depuis longtemps ont déploré l'attitude souvent inadmissible de cet évêque et les dégâts causés dans les âmes qu'il avait égarées par sa désobéissance à l'égard du Successeur de Pierre.

A la suite de cette décision ('romaine') selon vous, "notre Eglise se prive d'une parole...." A ma connaissance, M. Gaillot n'est pas une "parole", mais une personne. A ma connaissance aussi, tout ce qui est louable dans la parole de Gaillot, a été proféré dans l'Eglise et à l'adresse des gens en dehors de l'Eglise, longtemps avant lui et par ces temps récents sans cesse par le Saint Père à travers le monde entier. Si quelqu'un eut le courage de dénoncer les injustices flagrantes dans tous les domaines à notre époque c'est précisément lui. Donc, même si les autorités de Rome - auxquelles Gaillot comme évêque a dû se soumettre depuis toujours - ne peuvent pas imposer et faire respecter physiquement le silence -, tout ce qui fut authentique dans la parole de Gaillot fut annoncé et sera annoncé. Donc pas de souci à cet égard.

Seulement, vous le savez mieux que moi, le premier devoir de l'évêque est d'annoncer publiquement et de défendre publiquement le dépôt de la foi. Vous le savez mieux que moi, l'hérésie peut prendre des formes diverses. Elle est apparente lorsque quelqu'un affirme le contradictoire de ce qui est contenu explicitement ou implicitement dans le dépôt de la foi. Elle est plus subtile et plus sournoise quand elle consiste à ne pas annoncer toute la Vérité, la plénitude de la Vérité ou quand on laisse les hommes dans l'ambiguïté et dans l'imprécision. L'une des formes les plus fréquentes des hérésies de notre temps consiste précisément à passer sous silence certaines vérités fondamentales qui, pourtant, sont archi-connues pour quiconque a un minimum de culture chrétienne. Une autre forme d'hérésie, également surnoise et non moins grave, consiste à réduire le message évangélique à un projet intramondain (Teilhard de Chardin et les 'chrétiens' marxistes et/ou 'progressistes' y sont pour quelques chose...) en occultant sciemment ou non le caractère et la finalité essentiellement surnaturels du message du Christ. J'ai toujours en mémoire l'éditorial d'une issue spéciale de 'La Croix': "Nous nous occupons de la terre; Dieu n'a qu'à s'occuper du ciel..." Il est inutile d'insister combien pareille déclaration contient d'orgueil et d'hérésie... Je constate aussi avec tristesse, à quel point, dans certaines églises de France le message du Christ est tronqué, coupé de sa source et de sa finalité surnaturelles. Or, notre Saint Père dit clairement:

"Il ne faut pas donner une image réductrice de l'activité missionnaire, comme si elle consistait principalement à aider les pauvres, à contribuer à la libération des opprimés, à promouvoir le développement, à défendre les droits de l'homme . L'Eglise misssionniare est également engagée sur ces fronts, mais sa tâche principale est autre: les pauvres ont faim de Dieu, et pas seulement de pain et de liberté, et l'activité missionniare doit avant tout témoigner du salut en Jésus Christ et annoncer ce salut, en fondant les Eglises locales qui sont ensuite des intruments de libération, dans tous les sens du terme." (Redemptoris missio, p. 138, n° 83.)

Même l'action humanitaire la plus héroïque n'est pas nécessairement une action évangélique, dans la mesure où elle est coupé de sa finalité rédemptrice dans le Christ.

Vous caractérisez la parole de Gaillot "dérangeante..." Je crois que sa parole aurait été - ou serait, puisqu'il nous a promis de continuer à parler - encore plus dérangeante s'il avait annoncé l'Evangile dans sa plénitude, et dans toute sa "crudité" sans aucune connivence avec l'esprit de ce siècle et avec les médias dont il est l'esclave... Sa manière de fanfaronner ses mérites auprès de ceux qu'il désigne comme "exclus etc." est diamétralement opposé à l'esprit de l'Evangile qui demande l'humilité à tel point que la main droite ne doit même pas savoir ce que fait la main gauche. Il devrait aussi reconnaître que beaucoup d'autres personnes en dehors de lui-même sont aussi soucieuses des pauvres et des exclus, mais qui sont aussi soucieuses du bien surnaturel de ces derniers. Il n'est pas conforme à l'esprit évangélique de pratiquer l'exclusion des biens surnaturels ni à l'égard des pauvres ni à l'égard des riches. Et connaissant le comportement et les activités de Gaillot, je ne suis pas sûr qu'il ait "représenté une Eglise porteuse d'espérance" surnaturelle, en cautionnant la débauche et les déviations sexuelles... sans leur parler de la vertu de chasteté, ainsi que des jeunes de Fontainebleau lui avaient reproché. Gaillot est prisonnier d'une nouvelle ecclésiologie, qui veut présenter et 'imposer' une Eglise-à-la-carte, où chacun 'fait' (voir Mgr Cornet) son église, en adaptant celle-ci à ses propres opinions, à ses instincts, "église" indépendante de la plénitude du dépôt de la foi, de la hiérarchie fondée par le Christ et d'une foi, espérance et charité surnaturelles.

Il ne faut pas confondre 'solidarité' et charité chrétienne. Il existe aussi la solidarité laïque qui n'a rien à faire avec l'esprit de l'Evangile. L'Eglise n'est pas simplement une association 'humanitaire': elle a une mission essentiellement surnaturelle conduisant l'humanité vers la Vie éternelle et non pas les enfermant dans l'illusion d'un paradis terrestre et intramondain. En tous les cas, l'amour et le souci des pauvres et des exclus, le dialogue avec les incroyants etc. n'est pas le privilège exclusif de M. Gaillot. Mais si vous pensez le contraire, cela est signe d'une extrême faiblesse de votre Eglise. N'oubliez pas qu'il y a aussi Mère Teresa, voire beaucoup de mères 'Teresa' ainsi que beaucoup d'hommes qui, dans le silence sans tapage ni les flash de la TV annoncent l'Evangile intégral aux pauvres, aux exclus et à ceux vers qui "d'autres estimaient ne pas pouvoir aller", selon vous, à part Gaillot.

Ce que vous dites plus loin dans votre manifeste de soutien est grave. "Il a dérangé, écrivez-vous, par sa différence, en disant tout haut ce que d'autres évêques pensaient tout bas..." J'espère que dans votre esprit, il ne s'agit que des 4 évêques (Le Havre, Saint-Denis, Amien etc.) qui sont allés apporter leur soutien à Gaillot en concélébrant avec lui... En bons sucesseurs de leurs confrères gallicans, les évêques de France seraient toujours en désaccord et en révolte contre le siège de Pierre? Je vous défie de nous communiquer la liste de ces "autres évêques". D'ailleurs, pareille déclaration ne peut tendre qu'à justifier, par la méthode digitale, l'attitude de Gaillot, quand même condamnée, ainsi que la vôtre qui tend à saper l'autorité d'une décision romaine qui d'ailleurs n'est intervenue qu'après de longues tractations et de tentatives de corrections fraternelles, qui, par ailleurs est une obligation évangélique. Je note en passant, que l'insistance sur la "différence" pendant cette période liturgique marquée par le souci de l'unité chrétienne me paraît déplacée.

Quant à la "lourde épreuve" que Gaillot doit supporter "dans sa fidélité à son (?) Eglise et à sa (?) foi", il a l'air de se débrouiller pas mal. Si jamais il fut l'enfant chéri de nos médias anti-église, il l'est encore davantage et il le sera sans aucun doute encore plus à la consolation de ceux qui se sont attachés d'une manière absolue et exclusive à sa parole. Et pour la consolation de ceux qui s'attristent à cause de sa lourde épreuve, qu'il soit dit en passant que le Saint Père a simplement 'allégé' sa charge en le déchargeant des soucis du siège d'Evreux' ce que Gaillot lui-même a considéré plutôt comme un grand soulagement, puisque, selon ses propres paroles, 'désormais je peux dire et faire ce que je veux' (sic!). Effectivement, il aurait pu s'attendre à une sanction pire, comme celle encourue à l'époque par Mgr Lefèvre, à savoir une excommunication pure et simple avec interdiction de toutes ses fonctions sacerdotales. Notons aussi entre parenthèses que le motu proprio 'Ecclesia afflicta' rappelle aussi la sanction canonique d'excommunication pour ceux qui continueraient à participer à son schisme... Or cela n'est point le cas de Gaillot: il n'est pas excommunié, il demeure évêque titulaire, il peut dire la messe, il peut exercer son ministère de la parole dont par ailleurs il ne s'est jamais privé même en dehors de son territoire en empiétant sur les droits canoniques d'autres évêques de France, voir d'autres continents. Car, en dehors du Pape, aucun évêque n'a la juridiction universelle sur toute l'Eglise. Tout cela devrait apaiser ou soulager l'émotion de ceux qui ressentent une 'profonde tristesse'. Quitte à penser aussi à ceux qui, depuis longtemps, furent accablés d'une profonde tristesse devant le comportement d'un évêque qui, au lieu de montrer le bon exemple de l'obéissance salutaire devant le peuple de Dieu, a pu utiliser une parole qui "a néanmoins réussi à être libre" dans ses paroles et son comportement.

Je vous avoue aussi que je ne fais pas partie de ceux qui "s'en voudront d'avoir pensé un moment que l'Eglise avait changé!" C'est toujours l'Eglise-à-la-carte qui est dans votre esprit. La tunique du Christ est indivisible, elle est indivisible malgré les péripéties des temps et de l'histoire. Christus heri et hodie. Par ailleurs, selon l'Evangile, ce n'est pas le 'monde' qui doit transformer ou 'changer' l'Eglise, mais c'est l'Eglise qui doit changer le monde - pour le sauver - à l'instar du levain. Or, ces derniers temps, on a l'impression que c'est le 'monde' qui est devenu, pour certaines 'églises locales' tout au moins, le levain qui la transforme... Etre levain dans un monde fondamentalement hostile à l'égard de Dieu et de son Eglise demande beaucoup de courage et de clairvoyance, beaucoup d'abnégation et de sacrifices jusqu'au martyre. Mais c'est le chemin normal de ceux qui s'attachent avec toutes leurs forces à la Vérité et qui, souvent, même de nos jours, culmine au martyre, ainsi que 'Splendor Veritatis' l'affirme aussi. De grands prélats de notre siècle ont choisi la voie royale de l'obéissance au Saint-Siège jusqu'au martyre.

 

EPILOGUE

 

Comme c'était prévisible, M. Gaillot - fort d'un soutien massif bien orchestré par 'ses' médias, ne s'est pas désarmé. Bien au contraire! La décision romaine, selon ses propres paroles, lui donne la possibilité de 'dire ce qu'il veut et de faire ce qu'il veut'. En d'autres termes, la décision romaine fut finalement pour lui une occasion sans précédent de libérer sa parole et son action. Pourtant, ceux qui suivent son itinéraire depuis les débuts de son 'épiscopat' savent que même avant la décision romaine, il ne s'est pas privé de sa liberté.

Après sa 'destitution', il fut déjà invité longuement à la TV pour donner son avis sur tous les événements du monde en tant qu'autorité prophétique de notre temps et en tant qu'homme d'"église" soucieux de dialoguer avec la 'modernité'. Une petite remarque. M. Gaillot semble quand même être quelque peu déphasé par rapport à l'actualité des 'intellos'. En effet, ceux-ci ont déjà 'enterré' la modernité et proclamé ce qu'ils appellent le 'post-moderne'. Probablement, cette littérature idéologique si importante de nos jours lui reste cachée peut-être en raison de ses lacunes linguistiques... Donc s'il voulait être à la page, il devrait 'accompagner' non plus la 'modernité' déjà démodée, mais le 'post-modern'. Il est dommage qu'un prince ecclésiastique de sa taille doive faire défaut dans le dialogue si promettant avec le post-modern...

Et ici, il faut se rappeler une vérité qui blesse peut-être comme si souvent. Un "évêque" accompagnateur de la modernité - idéologie du passé et par conséquent dépassée, ainsi que je viens de le dire - ne signifie même pas nécessairement un évêque en dialogue. Je peux accompagner quelqu'un en l'écoutant, en le suivant partout, sans que je lui révèle ma propre pensée, mes propres sentiments. Et dans ce cas, le public non averti peut très bien en déduire ou présumer mon consentement, selon la fameuse réthorique cicéronienne: "cum tacent, clamant". Ma présence, mon silence à côté des ennemis jurés de Dieu, de son Eglise et de sa doctrine morale et salutaire, ne peuvent être interprétés que comme une caution pour ces derniers. Un évêque authentique ne peut pas cautionner nos médias vu le contenu et l'intention perverse de ces derniers. Vous vous souvenez du tollé qu'a provoqué même un lapsus linguae de l'abbé Pierre qui osa proposer dans les médias aux téléspéctateurs la fidélité comme moyen d'empêcher de 'tomber sur le champ de l'amour'. Il faut bien noter que jusqu'ici M. Gaillot n'a pas sacrifié à pareille cacophonie en commettant un lapsus linguae quelconque. C'est dire que sa présence, sa parole est en parfaite conformité avec ce que les médias nous imposent ('en toute liberté'). C'est dire que sa parole est vraiment libre et libérante: elle nous fait adhérer librement et sans le moindre esprit critique à cette entreprise de lavage de cerveau massif et universel qu'une certaine idéologie essaie d'imposer en France à tout une génération. Je parie que si M. Gaillot avait l'intention d'annoncer sur les ondes herziennes la Révélation du Christ dans sa plénitude, sa voix serait bientôt brouillée. Au grand soulagement de ses disciples, ce n'est point le cas.

L'Eglise de France souffrait depuis des décennies de deux abcès que le Saint Père a dénoncés lors de sa première visite pastorale en France devant les évêques réunis à Issy-les-Moulineaux: l'intégrisme et le progressisme. Le premier abcès fut ouvert avec le schisme de Mgr. Lefèvre. Le deuxième abcès est enfin ouvert grâce à l'"affaire Gaillot". Je souhaite ardemment que l'ouverture inévitable de ces deux abcès contribue à dépasser un jour l'intégrisme et le progressisme vers un christianisme intègre et authentique, diamétralement opposé à la conception d'une "Eglise-à-la-carte"... C'est mon voeu sincère d'immigré, fils d'une Eglise martyre, pour l'Eglise de France afin que celle-ci puisse célébrer en toute sincérité et authenticité le 1500e anniversaire de sa naissance.

Encore un mot purement 'humain' dans ce contexte. Je voudrais insister sur un phénomène qui caractérise les adeptes de l'"Eglise post-conciliaire", à savoir celui de la désobéissance. L'attitude qui caractérise M. Gaillot et bien des ecclésiastiques de notre époque consiste à prôner une liberté absolue exempte de toute contraite et de toute règle. Or, dans n'importe quelle société humaine - qu'il s'agisse d'associations politiques, humanitaires, religieuses, économiques, de l'ordre des médecins etc. - il y a des règles, et les membres qui veulent en faire partie doivent les observer. Logiquement, pour réaliser une "liberté" affranchie de toute règle et de contrainte, il faudrait vivre seul, en marge de la société humaine. Mais dès lors qu'on vit en société, des règles de la vie en commun s'imposent.

N'importe quel joueur de football est soumis à des règles précises. S'il les transgresse, il reçoit des avertissements, voire des sanctions parfois sévères juqu'à l'exclusion. Tout employé de n'importe quelle firme ou société doit se soumettre à des règles précises et s'y conformer sous peine d'être renvoyé par les responsables. Or, les religieux, les religieuses, les ecclésiastiques, devenus depuis 'leur Concile' les champions incorrigibles et imbattables de "la liberté", se croient entièrement dispensés de toute soumission, au nom de 'la liberté'. D'autre part toute sanction - si elle intervient quand même malgré les protestations collectives à la manière des syndicats - est dénoncée comme un manque de charité de la part des autorités ecclésiastiques.

Ajoutons tout de suite qu'au contraire, les tergiversations, les critiques, les attaques contre le chef de l'Eglise romaine non seulement ne sont pas considérés par ces mêmes évêques et ce même clergé comme un manque de charité à l'égard du pape, mais comme un droit, sinon un devoir. Rappelons la révolte ouverte de l'épiscopat français contre Paul VI lors de l'encyclique 'Humanae vitae', révolte soutenue et largement suivie par le clergé. Dans une paroisse proche de Fontainebleau j'ai assisté à cette époque à une véritable scène d'hystérie pendant le sermon: le prêtre était en rage, il hurlait contre le pape, déclarant à son tour 'ex cathedra' que l'on ne peut pas accepter une doctrine aussi démodée et aussi contraire 'à la mentalité de notre époque'... Le pauvre fidèle écoutant l'"homélie" se trouvait dans l'embarras de choisir entre l'autorité du pape et celle du curé, entre l'infaillibilité pontificale et l'infaillibilité de la voix retentissante de Monsieur le Curé... Or, ce clergé si soucieux d'être à la page, si soucieux d'"écouter le monde", devrait apprendre quelque chose du monde: l'existence des disciplines, des règles et des sanctions partout dans le monde. Le piquet de grève qui n'obéit pas aux ordres de son syndicat verra des conséquences graves. Le membre d'un parti politique - même en dehors du système marxiste et/ou stalinien - mettant en cause publiquement son parti et sa direction sera exclu ou devra se rétracter. Le droit existe dans le monde avec des prescriptions et des sanctions précises. Et les tribunaux s'occupent des transgresseurs même si ceux-ci se recrutent parmi les PDG ou les élus du 'Peuple'. Pourquoi ne devrait-il y avoir aucune règle de conduite dans l'Eglise en tant que société visible? N'existe-t-il un bien commun particulier de l'Eglise que son chef doit en conscience sauvegarder et sur lequel il doit veiller avec la plus grande attention? Et pourquoi son chef n'aurait-il pas le droit et le pouvoir de prononcer des sanctions à l'égard de ceux qui mettent en péril ce bien commun?

L'histoire très récente montre aussi que toute association humaine pratique nécessairement l'exclusion: celui qui ne se conforme pas aux règles de l'association s'exclut automatiquement s'il n'est pas exclu par les responsables de l'association. D'autre part, l'honnêteté à l'égard de soi-même et l'authenticité exigent que l'on démissionne si l'on n'est pas capable de se conformer aux règles de la société dont on fait partie ou que l'on ne veut pas s'y conformer. Une société existe dans la mesure où elle poursuit un but commun et qu'elle met en place les moyens appropriés pour atteindre ce but. Ce sont précisément ce but et ces moyens qui constituent la raison d'être et les 'règles' de toute société. On n'est pas obligé de faire partie d'une société, mais dès lors qu'on en fait partie librement, on est obligé d'en accepter les statuts et les règles.

Et si toute société humaine - même la "démocratie"! - a nécessairement ses règles et que, par conséquent, elle limite la "liberté", l'Eglise, en tant que société visible, est aussi soumise à cette nécessité. Donc un ecclésiastique doit aussi observer les lois et les règles de l'Eglise.

J'ajoute pour terminer que le cas de désobéissance d'un évêque est d'autant plus grave qu'il s'agit là de quelqu'un qui a librement accepté la charge pastorale avec toutes ses exigences.

En l'an mille neuf cent quatre-vingt quatorze de notre Rédemption.