Réflexions au sujet de la découverte du "tombeau de Jésus"

rapportée par La Croix

Pâques, le mardi 9 avril 1996, p. 3.

 

Nous remercions les journalistes de La Croix pour nous avoir notifié, comme une bombe à retardement, l'importante nouvelle archéologique: la découverte, en 1980, de ce que nos savants archéologues appellent le 'tombeau de Jésus'. Le simple mortel peut se demander: s'agit-il vraiment du tombeau de 'Jésus'? Et de quel 'Jésus' s'agit-il? S'agit-il de Jésus de Nazareth, crucifié sous Ponce Pilate ou d'un autre Juif nommé 'Jésus'? Qu'est-ce que nos archéologues ont vu? Une inscription sur une pierre tombale ou une urne funéraire: "Jésus fils de Joseph". Qu'est-ce que cela prouve en ce qui concerne le 'non-advenu' de la Résurrection de Jésus de Nazareth?

Mais d'abord, pourquoi nos archéologues ont-ils fouillé et pourquoi précisément à l'endroit en question? C'est parce qu'ils connaissaient les sources historiques de 'Jésus de Nazareth', à savoir les Evangiles. C'est donc grâce aux Evangiles et en s'appuyant sur leur témoignage historique qu'ils se sont mis à la fouille. En d'autres termes, au point de départ et en cours de leur recherche, ils se sont appuyés sur les témoignages du Nouveau Testament. Par conséquent, ils se sont appuyés sur la véracité et l'authenticité de ces témoignages. Ils savaient donc d'avance qu'il devait y avoir quelque part à Jérusalem un "tombeau de Jésus" et précisément à l'endroit où ils ont entrepris les fouilles archéologiques.

Et pourtant, parviendront-ils jamais à la certitude historique pour dire que ce qu'ils avaient trouvé était vraiment le tombeau de 'Jésus de Nazareth' dont parlent les Ecritures? Je voulais souligner d'abord le fait que nos archéologues sont partis sur le témoignage véridique, au moins supposé comme tel, de nos Ecritures. Juifs et Américains, ils ont accepté comme hypothèse de travail, la vérité du témoignage de nos Ecritures. Et ils ont découvert une pierre tombale sur laquelle se trouve l'inscription: 'Jésus fils de Joseph'. ... Et de plus ils ont découvert un tombeau sans ossements, à savoir un 'tombeau vide', ainsi que les mêmes Ecritures en témoignent. Ici encore, nous pouvons prendre acte d'une coïncidence singulière entre le témoignage des Ecritures et les trouvailles archéologiques: l'archéologie confirme donc la vérité des témoignages évangéliques.

Quant aux "mises au point", elles demandent aussi quelques mises au point. Votre introduction rapporte que cette 'découverte' 'prouverait que Jésus n'est pas ressuscité...' Que signifie la découverte d'une tombe ou d'une urne funéraire avec 'inscription'? Signifie-t-il que la personne dont le nom y figure y fut vraiment enseveli? Il y a des gens qui font construire à l'avance leur propre monument funéraire en faisant y inciser leur nom. Est-ce une preuve comme quoi ces personnes y ont été réellement ensevelies? A supposer même que l'on y trouve des ossements, est-il sûr que ces ossements étaient vraiment ceux de la personne dont le nom figure sur le tombeau? On a vécu des guerres, on a vu des tombeaux ouverts, profanés, des ossements dispersés, mélangés pêle-mêle. Donc le bon sens permet de douter de la valeur (absolue?) de pareille identification.

D'autre part, l'archéologie - motivée précisément par les récits du Nouveau Testament pour entreprendre ses fouilles - devrait aussi tenir compte de tous les éléments historiques qui dans ces textes ont trait aux circonstances de la mort et de la sépulture de Jésus. Si on accepte l'autorité de l'Ecriture (son témoignage) pour procéder à des fouilles, il faut aussi accepter ses témoignages pour le reste, c'est-à-dire les circonstances de la sépulture de Jésus. Votre exégète a bien raison de souligner le fait que trouver le nom 'Jésus' sur une urne funéraire ne signifie point qu'il s'agit là avec certitude de l'"urne" de 'Jésus de Nazareth' étant donné que d'autres personnes portaient aussi le nom 'Jésus'. Comment établir la certitude, ne serait-ce qu'historique, dans le cas des 'homonymes'? Votre exégète souligne aussi le fait que les six urnes en question n'ont pas été trouvées à l'endroit qui correspond selon le témoignage des Evangiles à celui du "tombeau tout neuf" de Joseph d'Arimathie où le Corps de Jésus fut placé par celui-ci. (Mt 24, 60) Ainsi, nos journalistes d'outre Manche auraient fabriqué de toute pièce la 'certitude' sensationnelle (digne des journalistes) de la 'non-résurrection' de Jésus (de Nazareth). Or, cette 'certitude' se fonde sur l'incertitude - voire l'impossibilité - totale d'attribuer à une personne déterminée l'urne funéraire en raison de l'homonymie d'une part et, d'autre part, sur la localisation de ces urnes qui ne correspond point au témoignages connus des sources historiques, à savoir les Evangiles. Voilà le genre de 'certitude' dont se nourrit la thèse de nos journalistes prétendant prouver par là que 'Jésus n'est pas ressuscité'.

Laissons de côté les 'hypothèses de "Newsweek" qui, taxées avec une certaine indulgence de 'plus ou moins fantaisistes' par votre présentation mais qui, même aux yeux d'un historien 'non-croyant', ne méritent que le mépris. Dans vos mises au point finales, vous arrivez à 'corroborer la foi de vos frères' avec votre affirmation catégorique: 'personne ne pourra jamais démontrer que le Christ est ressuscité. D'où la grandeur du Mystère, et une fragilité certaine qui laissera toujours la Résurrection à la portée du soupçon'. (p. 3)

Précisons d'abord le sens du verbe 'démontrer' que vous utilisez. La démonstration est une démarche logique qui consiste essentiellement à tirer des conclusions à partir de principes évidents (ou supposés comme étant tels). Il va sans dire qu'aucun événement, notamment aucun événement historique - comme celui transmis par les récits évangéliques de la Résurrection - ne peut être démontré dans ce sens. La démarche de la connaissance historique ne relève pas de cette démarche déductive et a priori: elle est fondée essentiellement sur le témoignage et sur la valeur du témoignage. (Notons en passant qu'aucune science 'exacte' ne peut se passer d'une connaissance par témoignage: tout savant doit accepter ou supposer comme vrai tout ce qu'il n'est pas en mesure de vérifier...). Vous parlez d'une donnée 'irréductible'. Toute donnée en tant que donnée est précisément irréductible. Seulement, le problème est que votre affirmation 'personne ne pourra jamais démontrer que le Christ est ressuscité', n'est pas une donnée et que par conséquent, elle n'est pas irréductible. Ou plutôt: elle est une simple opinion et par conséquent elle doit être 'réduite' ("ramenée") à sa source qui est votre imagination. Et si l'on ne peut pas démontrer que le Christ est ressuscité, on peut quand même le prouver. Et la preuve de la Résurrection, la preuve inébranlable c'est précisément le témoignage unanime et sans faille des disciples qui ont tous préféré le Martyre au lieu de mettre en doute la Résurrection ou de se laisser emporter par le "soupçon".

Et si Jacques Neirynck - ingénieur et professeur respectable mais piètre historien du Christianisme - pense qu'un Christianisme sans miracle, surtout sans le miracle de la Résurrection est possible, c'est à lui qu'en incombe la preuve. Et alors il fera partie de ceux qu'a dénoncé saint Paul avec force, dont la foi est vaine et qui sont encore dans leur péché : "Mais si le Christ n'est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi notre foi." (I Cor., 15, 14) "Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine; vous êtes encore dans vos péchés." (I Cor. 15, 17) Tout connaisseur médiocre du Christianisme sait que la foi de l'Eglise est fondée sur le miracle de la Résurrection du Christ, c'est ce miracle qui est au coeur même de toute la prédication apostolique. Est-il besoin de rappeler que le "miracle" de la Résurrection fait partie du Symbole des Apôtres, cette première synthèse de la foi chrétienne que nous retrouvons aussi chez Saint Paul (I Cor., 15,3-7) et qu'il présente comme tradition apostolique.

Le plus grand des miracles serait une 'Eglise sans miracle', une 'Eglise sans le miracle de la Résurrection', fondée sur une éventuelle imposture. Les sources historiques du Christianisme écartent toute possibilité d'une hypothèse pareille. A la place du 'mythe' d'une 'Eglise sans le miracle de la Résurrection', l'histoire nous propose - voire impose - une Eglise qui puise sa raison d'être et sa force dans la Résurrection de Jésus de Nazareth crucifié. J'ai la conviction que le 'christianisme' ne sera jamais assez 'adulte' - pour utiliser le vocabulaire de notre ingénieur - pour résister à ce point au poids de l'histoire... Et tout croyant sincère aurait préféré pour Pâques une mise au point dans ce sens de la part d'un journal catholique, mise au point qui ne laissera plus 'la Résurrection à la portée du soupçon' propagé et imposé avec complaisance par nos médias de sensation.